Vous me direz, on l’attendait celle-là! Elle nous revient, Ségo, avec sa nouvelle vie de maman, elle va nous raconter en long, en large et en travers que la vie, maintenant, c’est tellement différent, et nous asticoter les oreilles avec des tas de posts mielleux sur la maternité.
Et bien vous avez raison! Je serais bien ennuyée si je devais faire autrement. Mais parfois, les changements s’opèrent là où vous ne les attendiez pas.
Et l’un des grands changements dans ma vie, c’est que, poussette oblige, je prends le bus pour aller au boulot (il faudra un jour que je vous explique que j’emmène Antonin à la crèche, presque jusqu’au boulot parce que notre cher Maire d’arrondissement nous a refusé une place en crèche pour des raisons douteuses, pour des raisons pratiques).
Bref, chaque matin, nous prenons le bus. Que dis-je le bus… les bus, deux au total, pour aller du 5e au 12e, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, ou qu’il fasse grand beau, ce qui arrive assez peu souvent, surtout ces temps-ci.
Moi, j’adore le métro. Je l’ai toujours aimé. J’y rêve assise sur mon strapontin, un ipod vissé sur mes oreilles, je me laisse bercer par le bruit sourd des rames sur les rails, je me fais surprendre par un accordéoniste, et enlève mes écouteurs, le temps d’une station. Je déambule dans les couloirs sombres, parmi la foule, je cherche distraitement les panneaux indicateurs sans me perdre jamais. Le métro, c’est chez moi. Mais c’est un chez moi de solitude, sauf quand, par hasard, j’y croise des regards amis.
Alors que le bus… mais c’est une véritable famille le bus! C’est une vie, une vie qui ne dure jamais plus de 40 minutes, mais une vie en soi.
d’abord, il y a l’attente. La course de la maison à l’arrêt de bus prend fin avec le joli sourire d’une dame aux cheveux blancs. Elle est assise sur le banc sous l’abri bus. Chaque matin, elle prend son sac sur ses genous pour me laisser une place près d’elle. Je cale la pousette, face à nous. La dame nous sourit et a toujours un mot gentil pour Antonin: « tu as de jolies chaussettes ce matin », « mais dis moi, quel sourire, jeune homme », « oh, tu n’es pas content aujourd’hui »…Puis arrive la jeune fille, avec son sac et ses mini jupes. Antonin l’accueille avec de grands éclats de rire, et lui montre à répétition l’ensemble de ses sept petites quenottes. La jeune fille lui rend toujours ses sourires, amusée. Il y a aussi le Monsieur, avec son cartable et ses longs cheveux, qui me propose son aide pour monter la poussette à l’arrière du bus.
Le bus arrive. Nous y montons pour quelques stations. Et là encore, nous y retrouvons des visages familiers, les mêmes, chaque jour. Je sais par coeur qui descend à quel arrêt. Antonin a ses préférés, je les connais, et je sais comment je dois orienter la poussette pour que l’attention de mon bébé soit canalisée pour le reste du trajet.
Nous descendons du bus, nous attendons le suivant. Le chauffeur est toujours le même, et lorsqu’il arrive, il se gare précisemment de manière à ce que je puisse monter à l’arrière avec la poussette. Chaque matin, un homme, la quarantaine, avec une canne, descend de ce bus avant je n’y monte. Et tous les matins, il chatouille le pied d’Antonin en lui disant « tu es toujours aussi beau ».
J’aime cette routine, et toutes ces personnes qui font partie de notre quotidien. Parfois il m’arrive d’être en retard de quelques minutes (oui, oui, ou plus, ca arrive). Ces jours là, pas de dame aux cheveux blancs, pas de mini jupe ni de chauffeur sympa. Tous les passagers sont inconnus. Le trajet nous parait un peu plus terne, toujours plus long. Il faut dégainer des trésors de créativité pour qu’Antonin privé de guili sous les pieds accepte de rester sagement dans sa poussette…
Ces jours là, on se promet que demain, on partira à temps!
