Jeudi soir, je suis rentrée chez moi, et, comme souvent, je me suis avachie sur le canapé avec un bol de soupe et "Plus Belle la Vie". Ô bonheur!
Mais au bout de quelques minutes, j'ai entendu un bruit, comme des gouttes, qui venait de la salle de bain.
J'ai lentement posé mon bol, certaine que la hâte en cette circonstance était totalement inutile. J'ai ouvert la porte de la salle de bain, posé le pied sur ce que je pensais être le carrelage et qui s'est avéré être un pédiluve. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, je me retrouvais les quatre fers en l'air (c'est pas très sexy, mais c'est la triste réalité), trempée jusqu'aux os.
Ma salle de bain était totalement inondée. Mais le pire dans tout ça, c'est qu'aucun robinet n'était ouvert. J'étais dans la posure idéale pour m'apercevoir que quelques gouttes d'eau tombaient du plafond. Une à une, assez doucement.
Ca n'était donc pas moi, mais le voisin du dessus qui avait merdé avec son robinet. Seulement le voisin du dessus n'habite plus là. Il vit à deux pas d'ici, et se contente de faire des travaux dans l'appartement du dessus dont il est propriétaire. Comme il n'a pas encore été remplacé par un autre voisin du dessus, travaux oblige, il a gardé son statut.
J'ai donc conclu la chose sivante: le plafond goutait depuis le matin même, ce qui expliquait toute cette eau. Il me suffisait d'éponger, de mettre un seau là où j'estimais que les gouttes tomberaient, et d'attendre le lendemain matin, pour enguirlander le voisin du dessus dès qu'il arriverait avec son pote plombier, ce qu'il fait tous les matins.
J'ai saboté trois serviettes de bain, j'ai essoré, je me suis agitée, en 10 minutes, la salle de bain est nickel! J'ai posé le seau à l'endroit stratégique, et, fière de moi, ai continué ma soirée télé/soupe.
Une heure plus tard, j'ai décidé d'aller faire un petit bilan dans la salle de bain…Horreur! C'était pire encore que la première fois, le pédiluve s'était transformé en piscine olympique, ça attaquait le parquet, recouvrait totalement mes doigts de pieds, et ça avait créé une fissure à l'endroit où, soixante minutes avant, quelques gouttes seules tombaient. Pour couronner le tout, un jet d'eau jaillissait du mur. J'ai fonçé dans la chambre pour prendre une énième serviette éponge… et là, horreur bis, ca fuyait aussi!
Dans ces conditions, pas le choix, j'ai fait la bêtasse. J'ai sonné à toutes les portes, les larmes aux yeux. C'est Madame L. qui m'a ouvert. Il devait être 22h15. J'étais trempée, pieds nus. Elle était pieds nus aussi, en robe de chambre. Madame L, c'est la doyenne de l'immeuble. Elle a 88 ans, et elle se porte comme un charme. Je lui ai tout expliqué.
Deux minutes plus tard, on était toutes les deux dans la rue, moi pieds nus, elle en robe de chambre, à la recherche du voisin du dessus. Elle a eu le temps de me raconter ses deux dernières chutes, avan que l'on rencontre d'autres gens du quartier, un couple: "bah, Madame L., faut pas sortir dans cette tenue".
Madame L. leur a raconté mes misères. On était quatre, maintenant, à la recherche du voisin du dessus. Tout ceci était totalement surréaliste, mais ce qui suit l'est encore plus.
On a trouvé l'immeuble du voisin du dessus, le monsieur du couple connaissait le code. On a sonné à la première porte, et le voisin du dessus est apparu en petite tenue. On lui a tout expliqué, à lui aussi. Il a pris les clefs de son appartement, monté les marches quatre à quatre, ouvert sa salle de bain qui avait le même air de ruisseau que la mienne, a fermé le robinet, et m'a dit: "Et bah voilà!"
C'était exactement ça: "Et bah voilà". Tout ce cirque pour un malheureux robinet mal fermé, et adieu ma soirée tranquille devant M6!
Suis rentrée chez moi, ai épongé les derniers vestiges de cette folle soirée, ai tenté de raconter à Benoit qui était rentré entre temps à quel point tout cela avait été épique, ai pas réussi. Mais me suis endormie avec le sentiment que j'habitais dans un tout tout petit village. C'était drôlement agréable!
Le lendemain matin, suis retournée au radard dans la salle de bain, me suis mise sous la douche, ai ouvert les yeux, vu les dégats causés pas la petite folie de la veille: grosse coulée marronasse le long du mur, plafond fissuré en deux endroits.
D'ordinaire, aurais sans doute été furax, et là, ai pensé à Madame L.qui est sortie de chez elle pour m'aider et qui n'y serais pas retournée avant que je sois sortie d'affaire.
Ai à nouveau regardé les fissures en souriant, n'ai rien pensé d'autre que "Et bah voilà".