J’ai courru en tous sens depuis ce matin. Les deux pieds dans ma vie à moi, je me suis coupée de la vie du monde, pour quelques heures. C’est donc en rentrant à la maison ce soir, que j’ai découvert que Saddam Hussein avait été pendu, ce matin.
A vrai dire, ca fait une heure que je zappe sur toutes les chaînes cablées possibles. Interdite devant les dernières images du tyran en vie.
Interdite, il n’y a pas de mot plus juste. Saddam fût un dictateur, un homme dont on voudrait qu’il n’ait jamais existé. J’ai pu souhaiter sa mort, parfois. Il m’a emplie de haine et d’incomprehension. Il fait partie de ceux, rares, qui m’ont réellement terrifiée.
Pourtant, l y a quelque chose dans ces images, dans ces mots « peine de mort », « pendaison » qui m’est si étranger que je ne peux pas intégrer ce qui vient de se passer.
Je sais que la peine de mort existe, j’ai vu des films qui la racontait. Mais jusqu’à présent, je n’avais jamais assisté aux dernières minutes d’un condamné à mort.
Je suis née en 1981, la peine de mort a donc toujours été pour moi une barbarie d’un autre âge. Elle le restera, à jamais. C’est une justice qui n’appartient pas à mon monde, que je ne comprends pas, que je ne concois pas, que je refuse en bloc.
Prendre la décision de tuer Saddam, c’est légitimer quelque part les horreurs qu’il a lui même commises. Quoi? Oui, le procès en moins, c’est vrai. Mais enfin comment peut-on prendre la décision de tuer celui que l’on accuse de meurtre, sans baffouer ses propres principes? Comment peut-on, de manière légale, se substituer à la Nature, à Dieu, à la vie elle même, se croire à ce point au dessus de tout que l’on se donne le droit de décider de la mort de quelqu’un, la conscience apaisée par les textes de loi?
Il me semble que la justice a trois fonctions: protéger les citoyens, rendre justice aux victimes, et eventuellement permettre au condamné de purger sa peine, pour payer sa dette, d’une manière ou d’une autre, et reprendre une vie normale.
Dans le cas présent, comme c’est le cas presque à chaque fois lorsqu’il s’agit de peine de mort, les deux dernières fonctions ne peuvent être remplies: les crimes perpetrés par Saddam sont tels qu’il est impossible de rendre justice aux victimes. Qu’on le tue ou pas. Le pouvoir a ses limites tout de même. Je ne parle évidemment pas de la possibilité pour Saddam de retrouver une vie normale après une dette payée. Il n’aura sans doute pas assez de l’éternité pour purger sa peine.
Reste la première: protéger les citoyens. Il y a les prisons pour cela, et Sadam aurait pu, aurait dû y passer le reste de ses jours. On me dira peut être que la mort vaut mieux que toute une vie en prison. Peut-être, peut-être pas. Je n’en sais rien. Personne ne sait. La différence, c’est que la prison a une raison d’être dans le contrat social. La mort par jugement d’autres hommes, elle, n’y apporte rien. Pire, elle est une faille.
Mon cerveau n’est pas programmé, pour tomber à la télé sur l’execution de Saddam. Encore moins pour voir certains chefs d’état s’en féliciter.
Je ne pensais pas qu’un jour, j’aurais la gorge serrée de voir Saddam Hussein mort. Mais là, assise devant ma télé, je suis triste. Pas pour lui, pas pour ce qu’il a été, non, vraiment pas. Mais pour ce que son execution reflète de notre monde dit « civilisé ».