« Bon j’ai fini le boulot, vous êtes où? »
Je monte les escaliers à Bastille, je sors sous la pluie, je me laisse guider par les indications de Marie. J’ouvre la porte du May sister, je jette un oeil à l’intérieur de bar. Pas besoin de chercher trop longtemps, elles sont là, mes copines. 1, 2 et 3, elles agitent leurs bras en gloussant.
Je m’assois, j’enlève mon manteau, je redécouvre le brouhaha que je connais par coeur, les voix entremêlées de celles qui ont partagé mes jours de joie et de galère dans notre bonne vieille fac de Censier. Il en manque 2. L’une est à Berlin, l’autre malade. 2 petites voix dont l’absence transforme un peu la symphonie, mais qui sont bien présentes dans nos conversations de piplettes invétérées.
Elles me font rire, les copines. Elles sont drôles, pour de vrai. Elles se trémoussent à la moindre note de musique reconnaissable, elles imitent Florence Foresti à la perfection, elles boivent du « cosmo » quand elles ne le lisent pas. Des vraies filles quoi!
Mais ce que j’aime le plus, c’est qu’elles sont prévisibles, prévisibles pour moi, et que je le suis pour elles, et que nous le savons toutes.
C’est ça, je crois, qui fait le charme des amitiés de longue date, et quand on est en groupe, comme ça, c’est d’autant plus flagrant.
Amélie, sans doute, ne serait plus elle même si le Cosmopolitan qu’elle commande avec un sourire large et fier (parce que ca lui rappelle sex and the city), ne lui chauffait plus les joues au bout de deux gorgées.
Je reconnais Marie à ses yeux, qui brillent lorsqu’on lui demande si ca va. Parfois ils brillent de joie, parfois de nostalgie, mais toujours, ils brillent en réponse à cette question précise, je sais aussi qu’elle est la seule au monde à pouvoir nous montrer avec passion un sac-flamand rose sur lequel elle a louché de long mois en attendant les soldes, et la seule à s’étonner que le dit sac soit encore là au moment des rabais!
Agathe n’est jamais totalement Agathe, jamais tout au long de la soirée. Elle est tour à tour une mama italienne, Gad Elmaleh, une blonde, un paysan du lac de Paladru, c’est un petit caméléon, et je ne pars jamais d’une soirée sans qu’elle m’ait fait hurler de rire.
C’est ça que j’ai retrouvé, ce soir là, au may sister. Et ça fait un bien fou. Je pensais à tout ça au moment de commander. J’ai tergiversé longtemps entre mon éternel coca light et un jus d’abricot
Quand la serveuse est arrivée, je lui ai demandé un jus de tomate. Et ouais! Je vous jure.
J’ai eu 6 paires d’yeux etonnés rivés sur moi pendant un quart de seconde. Ben ouais quoi, un jus de tomate.
Juste pour voir…pour voir si ca allait modifier quelque chose, et puis ca a rien changé du tout. J’ai pris un jus de tomate, et le monde ne s’est pas effondré. Le monde non, mais mes théories à deux francs six sous sur la prévisibilité, si!
C’est vrai, après, tout, j’aimerais toujours amélie si elle avait besoin de 4 cosmo pour se chauffer les joues, toujours Marie si elle décidait un jour de jeter tous ces accesoires psychédéliques, et Agathe si elle oubliait une fois de se transformer en Gad Elmaleh.
J’aime bien mettre les choses dans des cases, et c’est bête parfois. J’ai oublié mes théories stupides, et j’ai profité de ce court moment avec elles.
Puis on est allées diner, toutes les deux, avec Amélie. Et quand la serveuse nous a demandé si on voulait boire quelque chose, Amélie a répondu pour deux: Deux coca lights!
Oui parce que le abbérations genre « jus de tomate » ca va bien deux minutes, mais il y a un moment où il faut se ressaisir!!!