Il y a 11 ans, j’étais au bord de la piscine à Uzès avec Elvire. Entre deux discussions de la plus haute importance pour deux gamines de 15 ans (est-ce que tu l’as remarqué toi, le voisin qui doit au moins être en terminale, et qui a de très beaux yeux bleus? suivi de Est ce que tu crois que les parents vont bien vouloir nous emmener à la discothèque en ville un de ces soirs?), on écrivait notre dossier.
Notre dossier, c’était celui de notre association de sécurité routière, qui quelques semaines plus tard prenait le nom de Route des Jeunes sous nos sautillements de joie d’avoir trouvé un nom si joli, et si parfaitement en adéquation avec ce qu’on voulait: il fallait que les jeunes s’emparent du problème qui les concernait en premier chef, et que la sécurité routière devienne notre combat. Il fallait que nous traçions notre route, celle des jeunes, différente de celle que nous avaient laissés nos aînés.
Pendant les 11 années qui ont suivi, nous nous sommes multipliées: de deux, nous sommes devenus 400, et nous avons mené, ensemble, des actions, aux quatre coins de la France.
Parfaitement conscientes que la Route des Jeunes devait le rester, nous avions, à 15 ans, fixé une limite d’âge que nous avons aujourd’hui dépassée. Et c’est tant mieux. Nous devons partir. Nous voulons partir. Nous sommes fatigués, tous. Notre vie est ailleurs maintenant. Elle est dans nos boulots, dans nos vies de couple, de famille, parfois.
La main est passée, depuis le mois de septembre, à des jeunes qui porteront la Route des Jeunes où ils trouvent qu’il est nécessaire de la mener. Et nous, nous regarderons ça de loin, avec l’oeil critique et sévère de ceux qui ne font plus, avec la douceur et la bienveillance de ceux qui ont fait un jour.
Mais ce week end, c’est ma dernière action. La dernière. Je pars à Tours. Une dernière fois, je vais aller chercher le matériel à Ségur, je vais distribuer les billets de train, compter les têtes, vérifier que tout le monde est arrivé. Je vais expliquer à deux nouvelles bénévoles comment ça se passe, leur faire le traditionnel « briefing ». Je vais répéter le discours 100 fois tenu aux clients qui arivent en discothèque, sentir mes jambes flageller à 3 heures du matin, et me demander comment je vais tenir jusqu’au bout de la nuit. Une dernière fois me glisser dans un lit d’hôtel pour quelques heures de sommeil, et remprendre le train toute endormie, un peu nauséeuse, mais contente de ma nuit.