Je viens de rentrer à Paris après deux semaines de vadrouillage à travers la France. Je me jette sur mon ordinateur, lis avidement le blog des copines, m’arrête un instant sur celui de Julie. Son post du moment s’appelle « ce à quoi on aspire », et elle se/nous pose la question de ce que l’on est, de ce que l’on doit être.
C’est drôle, parce que j’y ai pensé, moi aussi, il y a deux jours. Pas tout à fait comme elle, pas vraiment sous cette forme.
Pour le mariage d’une amie d’enfance, j’ai eu l’occasion de faire quelques petits allers/retours en Charente ces derniers temps. La Charente, c’est l’endroit où mon arrière-grand-père est né, et où, plus tard, il a fait construire une maison pour sa famille. J’y suis allée, quelquefois, lorsque j’étais enfant.
Mes souvenirs de là-bas, ce sont:
- Une balancoire, une vraie, en bois, ralliée au portique par de longues cordes, et le défi toujours renouvelé de toucher les feuilles des arbres du bout de mes orteils
– Mon arrière-grand-mère assise sur le banc, très tôt le matin, sur la terrasse, qui, selon les jours, écossait les petits pois ou équeutait les haricots verts
- L’odeur persistante de la campagne qui impregnait la moindre petite culotte laissée au fond du sac, et qui prolongait les vacances de quelques jours, avant de tout passer à la machine, parce qu’ »on ne pouvait tout de même pas sortir comme ca »
– L’apprentissage du vélo, qui m’a valu de bonnes chutes, dont l’une mémorable dans la fameuse « descente des cochons » (route en pente, et tournante, qui faisait le tour du champ où les cochons prenaient l’air)
De bons souvenirs donc, mais épars, mais précis, qui, c’est ce que je croyais, n’avaient pas fondés ma personne plus profondément que cela. Un lieu de vacances auquel on est attaché parce qu’il porte en lui l’histoire familiale.
Mais au hasard d’une conversation, le week end dernier, en Charente, quelqu’un que je venais tout juste de rencontrer m’a dit « attention! Je t’ébouille moi! ». je l’ai regardé avec des yeux tous ronds. Je lui ai demandé de répéter.Jamais personne ne m’avait dit ça, sauf mon papa. Pour moi, c’était un mot à lui, une curiosité paternelle que je n’avais jamais chercher à élucider. « Je t’ébouille », c’était papa, juste lui, rien que lui. Je comprenais ce que ca voulait dire sans l’avoir jamais demandé. Ca signifiait « fais attention ma fille », quand je venais de me moquer de lui, et ça s’accompagnait en général de sa grosse main écartée sur mon petit visage. Je me suis rendue compte il y a quelques jours que « je t’ébouille », c’était pas que papa. C’était son histoire qu’il m’a transmise sans même s’en rendre compte. Sans même que je m’en rende compte.
Il y a eu d’autres moments comme ça dans le week end, je n’en ferai pas la liste. Mais encore un, juste pour le plaisir.
Mon papa, toujours lui, a, et je ne sais pas pourquoi, une passion pour les majorettes. Tout moment festif est associé, dans sa tête, à un défilé de fillettes en jupette, et il suffit de prononcer le mot « fête foraine » ou « défilé » ou « danse » pour qu’il se mette à lever les jambes en annoncant: « Les majorettes de Beauvais sur Matha…ta ta ta ta ta talala! ».
Encore une bizarrerie paternelle qui m’a toujours fait beaucoup rire sans que je comprenne vraiment, et d’ailleurs, j’au cru juqu’à avant-hier qu’il disait « Beauvais sur Matin ».
Quand nous avons pris le chemin du retour, Benoit et moi, nous avons traversé les villages avant d’atteindre l’autoroute. Quelle n’a pas été ma surprise de voir sur les panneaux « Matha », puis un peu plus loin « Beauvais sur Matha »… et voilà, c’était donc ça. Les majorettes de Beauvais sur Matha, le mythe écorché de mon enfance se trouvait là, à 5 km de la maison d’enfance de mon papa.
Ca m’a fait un drôle d’effet. Je me suis sentie appartenir à cet endroit que je connais si mal. En fait, c’est lui qui m’appartient un peu. Sans que je le sache vraiment.
Pour répondre à Julie, je ne crois pas qu’on décide ce que nous sommes. Je me fais l’echo des autres copines, mais je crois profondément que l’on est une somme: celle de nos expériences, de nos petites histoires qui, les unes à côté des autres, forment notre personnalité. Le bonheur de la vie, c’est de la découvrir et d’apprendre à l’aimer.