… Je suis allée chez le dentiste pour une visite de contrôle.
Mes dents, le dentiste et moi, c’est une grande histoire d’amour depuis plus de vingt ans.
Enfant, je ne passais jamais un trimestre sans une visite impromptue chez la dentiste, que j’avais fini par appeler par son prénom, Françoise pour les intimes, tant nous vivions ensemble des moments intenses: anesthésie salvatrice après une rage de dents qui m’avait fait veiller toute la nuit, découverte d’un abcès qui s’était niché sous une canine…j’en passe et des meilleures!
Mon adolescence n’a rien arangé à la chose. Je continuais à appeler le dentiste à 7h du matin, en larmes, le visage bousouflé par une nuit sans sommeil, à hésiter à me taper la tête contre les murs.
Quand je suis arrivée à Aix, j’ai très vite dû trouver un dentiste. C’était l’une des priorités sur ma petite liste fétiche intitulée « choses à prévoir pour emménagement Aix ».
J’ai fait au plus efficace, un dentiste en bas de chez moi, pour les jours de rage de dents. Lors d’une énième douleur vive après une glace à la vanille sur la molaire en bas à gauche, j’ai pris mon téléphone, et appelé ladite dentiste. Oui, je préfère les femmes, je sais pas bien pourquoi, contrairement aux gynécos que je préfère masculins… un truc de l’enfance, sans doute!!
Elle m’a fait asseoir sur son fauteuil magique, a soigné ma carie, et m’a dit d’un ton très sérieux: « ca n’est pas possible, votre bouche, là. C’est une catastrophe, il y a tout à refaire, sinon, vous allez avoir des problèmes toute votre vie ». Comme si ma vie-agrémentée-de-problèmes-de-dents-continuels n’avait pas déjà commencé.
On a négocié ferme: Elle me referait toutes les dents, en 6 mois, à raison de 2 séances par semaines et de quelques petites souffrances ici et là (il fallait bien l’admettre d’entrée de jeu). En échange, je serais bien mignonne et patiente, je ne broncherais pas à la vue de la roulette et de la fraise, ni à celle de tout instrument bizarre, et je lui ferais de très gros chèques pour qu’elle commence une brillante carrière de dentiste. Top là Laurence! Elle aussi, à partir de ce moment là, je l’ai appelée par son prénom!
Nous avons passé une bonne partie de l’année 2005 ensemble. Je reconnaitrais entre mille le plafond de son cabinet. A vrai dire, je me suis même endormie lors de certaines séances qui s’éternisaient. Et on discutait…enfin, elle discutait pendant que je m’appliquais à être patiente, la bouche ouverte.
Au bout de 6 mois, on avait respecté chacune nos engagements: elle m’avait refait la mâchoire, et moi j’avais été sage et généreuse. On était presque tristes de se quitter, toutes les deux.
Cette année, je l’ai passée en Angleterre. J’ai prié très fort pour n’avoir pas besoin d’un dentiste en urgence. C’est que là bas, c’est pas très rassurant les dentistes. Et allez savoir si ce sont mes prières ou les travaux de Laurence, mais je n’ai pas eu mal une seule fois. Ca ne m’était jamais arrivé les 24 années précédentes.
Il y a trois jours, comme j’étais dans le coin, je me suis dit que ce serait une bonne idée d’aller faire une petite visite de contrôle, comme ca, juste pour voir. Pour être tout à fait honnête, j’aurais mis ma main au feu qu’elle allait me trouver une petite carie, bien planquée, qui me faisait pas encore mal. J’avais même peur qu’elle m’annonce pire.
Quand je suis arrivée cet après midi, après notre longue conversation sur l’année qui venait de s’écouler, et le plaisir de se retrouver (hum…oui, je sais, ca fait bizarre!), elle a regardé mes dents. Elle a fait des radios, a reregardé…rien à faire, pas une seule carie. Rien, tout allait bien.
Elle avait l’air vraiment surprise, moi aussi…les miracles arrivent, j’en suis la preuve vivante!