Cette affirmation, quand je me l’entends dire, quand je la lis, fait naître au coin de mes lèvres un sourire irrépressible, et me fait inmanquablement penser à ma maman!
Un jour, ma maman était au téléphone avec une de ses amies, je devais avoir 8 ans et ma soeur 3. Nous jouions dans le salon, écoutant d’une oreille distraite la conversation dont nous ne comprenions ni les tenants, ni les aboutissants. Des bribes de phrases, des » oui, bien sûr » que maman disait avec certitude, en hochant la tête pour appuyer ses mots.
J’ai des souvenirs très précis de ma maman au téléphone. Elle s’asseyait au coin du canapé vert qui a aujourd’hui trouvé sa place dans une autre pièce. Un canapé si inconfortable qu’on a toujours su qu’il était toléré dans la maison uniquement parce qu’il appartenait jadis à mon arrière grand père. Elle passait là de nombreuses minutes, à papoter avec ses copines. Nous, les filles, on trouvait n’importe quel prétexte pour roder autour du téléphone: on descendais nos caisses de jouets, et on installait tout notre fatras dans le salon, pour être aux premières loges.
Pauvre maman. Cela lui valait en général un débriefing complet après le coup de fil, auprès de gamines qui, à elles deux, n’atteignaient ni le mètre 70, ni les 15 ans: « C’était quiiiii, la dame? », « Et pourquoi tu lui as dit que j’avais eu une mauvaise note? », « c’est le fils de quiiii qui a fait une grosse bêtise? ». Et tant d’autres questions qui faisaient partie de l’interrogatoire classique.
Ajourd’hui, je me dis que nous étions vraiment deux petites pestes. Que si ca avait été mes filles à moi, je les aurais sans doute enfermées à l’étage pour pouvoir téléphoner tranquille. En même temps, je me doute que maman réservait les coups de fils importants pour les jours où nous étions loin, et dans l’incapacité materielle de descendre notre barda pour jouer aux détectives en herbe.
Je m’égare dans mes souvenirs d’enfance. Je les aime tant.
Un de ces jours là, maman a dit à une de ses amies, au téléphone, que nous n’aimions pas la neige. Pour répondre par la négative, sans doute, à une invitation au ski, sans blesser personne. Evidemment, lorsqu’elle a raccroché, un double piaillement l’attendait: « Comment ca on aime pas la neige?, nous on aime la neige! Hein Maïlys, tu aimes la neige? Oui. Et toi Ségolène? Oui oui, moi aussi j’aime la neige. Alors on aime la neige. Et papa? Est ce qu’il aime la neige papa? »
Quand le-dit papa est rentré le soir même, deux poupées rieuses, droites comme des I, l’attendaient à la porte: « Dis, papa, tu aimes la neige, toi? »
Maman était bien la seule à ne pas aimer la neige. Mais depuis, dès qu’il s’agit de ski, de montagne, de neige, un trio derrière maman entonne en coeur: « nous, on aime pas la neige de toute façon », puis éclate de rire.
Alors quand je suis arrivée à Chamonix pour ma première semaine de vacances, et que les parents de Benoit m’ont accueillie à bras ouverts, en me proposant d’aller marcher près de la mer de glace, j’ai failli leur dire : « Oh vous, savez, moi de toute façon, j’aime pas la neige ». Je me suis ravisée. Ni maman, ni papa, ni Maïlys n’étaient là. Mais je n’ai pas pu réprimer un sourire. J’aime tant les souvenirs qui font que l’idée seule d’une randonnée devient une blague!