ce soir, je suis rentrée chez moi un peu plus tôt qu’à l’habitude. Il était 20h quand je me suis endormie devant le tout début des infos. Autant dire que si un cataclysme avait eu lieu aujourd’hui, je n’en serais tout bonnement pas informée….
… et à 21h, Benoit m’a appelée. Il sortait du TGV qui l’emmenait à Toulon pour le week end. C’est rigolo ces moments où la nuit n’est pas encore tombée mais où l’on emmerge d’un coma profond! On sait plus vraiment où on habite, et surtout, les neurones sont trop affaiblis pour comprendre comment on peut baisser le son de la télé (la télécommande à, bien sûr, profité de notre sommeil pour se glisser sournoisement entre les deux coussins du canapé). Alors on va téléphoner ailleurs, dans la pièce voisine, et on ferme la porte.
Après notre coup de fil, je suis retournée dans le salon pour finir ma sieste, ou commencer ma nuit. A l’époque, je savais pas encore trop (votre sagacité vous aura naturellement conduit à deviner que ce n’était qu’une courte sieste, puisque je suis à nouveau debout!). Et je me suis retrouvée devant La Gloire de mon père.
C’est le genre de film que je reconnais au bout d’un quart de seconde, avant même que l’un des personnages ait ouvert la bouche, pour avoir usé la cassette vidéo lorsque j’étais plus petite… et je n’ai pas resisté.
Pas resisté au délice suprême d’entendre chanter la provence, d’écouter les voyelles sonner parmi les cigales. J’ai attendu de voir débouler l’oncle Jules, avec sa mousache et sa bedaine. J’étais toute excitée devant mon petit ecran: Et la tante rose, et Augustine, et Joseph, ils étaient tous là.
Et avant de ressombrer, j’ai récité avec Marcel, les mots que je connais pas coeur:
Mon père, qui s’appelait Joseph, était alors un jeune homme brun, de taille médiocre, sans être petit. Il avait un nez assez important, mais parfaitement droit, et fort heureusement raccourci par sa moustache et ses lunettes, dont les verres ovales étaient cerclés d’un mince fil d’acier. Sa voix était grave et plaisante et ses cheveux, d’un noir bleuté, ondulaient naturellement les jours de pluie.
Il rencontra un jour une petite couturière brune qui s’appelait Augustine, et il la trouva si jolie qu’il l’épousa aussitôt.
Je n’ai jamais su comment ils s’étaient connus, car on ne parlait pas de ces choses-là à la maison. D’autre part, je ne leur ai jamais rien demandé à ce sujet, car je n’imaginais ni leur jeunesse ni leur enfance. L’âge de mon père, c’était vingt-cinq ans de plus que moi, et ça n’a jamais changé.
Ils étaient mon père et ma mère, de toute éternité, et pour toujours.
Le bonheur des mots, le bonheur des mots qui chantent, juste avant de fermer les yeux…