Et voilà, ca y’est, je suis rentrée en France! Un mois de vacances, qui a commencé sur les chapeaux de roues! Il fallait bien que je rattrape mon retard en matière de CPE! Car pendant que la France se mobilisait, j’étais de l’autre côté de la manche, dans mon angleterre lointaine qui, assise devant les infos, regardait, effarée, les rues de Paris d’enflammer.
Devant leurs postes de télé,à la radion, dans les journaux, les anglais interdits voient les manifestations contre le CPE prendre forme. Pour avoir parlé avec certains d’entre eux, je sais qu’ils ne comprennent pas pourquoi les français sont si hostiles à une mesure qui ne leur semble pas vraiment choquante. Au début de la mobilisation, cela les a fait sourire: les français sont des contestataires nés! Ils se mettent en grève dès qu’on veut changer un système qui, pourtant, ne fonctionne pas. En voyant des images violentes de casseurs, en apprenant que la mobilisation prenait de l’ampleur, certains ont commencé à s’inquiéter. D’autres ont fait le parallèle avec mai 68. Lizzy a pris une assurance pour son voyage en France, sur les conseils avisés d’un professeur: lui, en 68, il avait été bloqué en France pendant plusieurs semaines sans pouvoir traverser la manche.
Il y a un côté folklorique, à regarder la france se lever ainsi contre le CPE, de l’étranger. Mais pour nous, pour ceux qui cherchent un emploi ou qui terminent leurs études ici, tout ça, c’est pas du folklore. En ce qui concerne ma génération, on nous a sommé de faire des études longues, car, comme je l’ai entendu maintes fois depuis que j’ai intégré le système scolaire: » il faut au moins un bac plus cinq pour s’en sortir ». Alors on a usé les bancs de la fac, on y a passé 5 ans, voire plus. Dès la licence, pourtant, on a commencé à nous prévenir que le bac plus 5 ne suffisait pas, il nous faudrait « de l’expérience », pour pouvoir prétendre à un poste. Alors évidemment, pas question de chercher un emploi à la sortie de la fac. Il faut d’abord trouver un stage, puis deux, puis un troisième pour se perfectionner. On se traine le statut de stagiaire, ô combien valorisant, pendant une petite année minimum.
Après tout ca, on fête ses 25 ans, et on a toujours pas eu de premier emploi. Et comme si tout cela ne suffisait pas, on nous propose le CPE. Un Contrat Première Embauche, un siège ejectable qui ne fait que reculer encore le moment où nous pourrons nous projeter enfin dans l’avenir. Une période d’essai de deux ans lors de laquelle votre patron peut vous licencier sans motif. Les jeunes français méritent mieux que cela.
Dès lundi, j’ai donc retrouvé Benoit, à l’heure du déjeuner, au marché Saint Pierre, pour dégoter 40 mètres de tissu orange au plus bas prix!
L’idée? fabriquer, le soir même, plusieurs centaines de brassards à distribuer le lendemain, lors de la grande manif parisienne. Non au CPE, non à la violence, c’étaient nos slogans!
On s’est donc retrouvés le soir, avec une dizaine de membres de ReSo, avec ciseaux et marqueurs, pour confectionner tout ca.
Et on a découpé et marqué dans une ambiance de veille de manif, plutôt joyeuse. Certains brassards sont devenus de véritables oeuvres d’art, le « non à la violence », trop niais pour certains, a été remplacé par d’autres slogans:
Cherche
Pigeon à
Embaucher
ou encore
Cours
Petit
Enfuis-toi!
Mais le plus simple reste sans doute le plus efficace, du moins esperons le!