Il y a 3 ou 4 posts, j’ai osé dire qu’éventuellement, j’hypothèquerais ma petite soeur contre un manteau bien chaud. Cela me vaut aujourd’hui une terrible repentance: Je lui ai promis, pour me faire pardonner, d’écrire un petit post sur elle!
Est ce que ce post est une appartée dans mon blog qui est, normalement, réservé à l’Angleterre? En fait, pas vraiment. Ma soeur, je l’emporte avec moi. Aussi loin que je me souvienne, elle a toujours été dans mes pattes, elle a toujours été là, présente, de près ou de loin. Alors parler de ma petite soeur, même si je suis en Angleterre, c’est parler de moi, un peu. De moi en Angleterre loin de ma petite soeur.
J’avais cinq ans lorsqu’elle est née. J’ai du lui faire de la place, me pousser un peu de la place centrale que j’occupais depuis ma naissance. Toute la famille n’avait d’yeux que pour moi, le seul bébé de la famille, puis la seule petite fille. Et tout à coup, je n’étais plus la seule, mais la première. En naissant, ma petite soeur a créé le décompte. Il s’arrêterait là du côté maternel. Mais chez les Trévinaux, il y aurait une troisième, puis un quatrième, pluis une cinquième bébé!
Pour le plus grand plaisir de tous…sauf du mien, bien entendu! C’est confortable d’être unique, on peut pas comparer, on est de toute façon mieux que le rien qui nous entoure.
Je me rappelle bien les moments avant sa naissance. Je me souviens que, maman enceinte de quelques mois, j’avais séparé mon armoire en deux, pour lui faire de la place. J’avais même eu l’extrême ammabilité de lui réserver un ou deux crayons de couleurs pour le jour de sa naissance.
J’étais très heureuse je crois, à l’idée qu’elle arrive. Je me sentais grande soeur avant qu’elle ait poussé son premier cri. Le 6 mars, la veille de sa naissance, je faisais un spectacle à l’école. J’étais déguisée en fée bleue. Et je suis tombée lors de la chorégraphie…honte suprême! Je me souviens avoir été très triste de jour là, pas parce que j’étais tombée, pas parce que je m’étais ridiculisée devant un parterre de parents compatissants mais hilares. Non, parce que je n’étais pas une bonne grande soeur. Une grande soeur, ca ne tombe pas dans un spectacle!
Et puis le 7 mars 1986, Maïlys a débarqué. Je suis allée la voir à la clinique. Elle était minuscule. Et manifestement, elle avait pas besoin de crayons de couleurs! Elle était jolie, mais ça, je m’en étais pas apercue. Quand on a 5 ans, ça nous émeut pas vraiment la beauté d’un bébé! C’est en voyant les photos, des années après, que je me suis rendue compte comme ma petite soeur était belle dans son berceau à la maternité!
Bon, elle est arrivée, et pour être honnête, c’est là que les emmerdes ont commencé. Même minuscule, elle était chiante sans le faire exprès!
D’abord, elle dormait. Je veux dire, on la couchait, et elle s’endormait comme un ange. Premier elément de comparaison avec ma petite personne, qui depuis mon premier jour, avait exsapéré tout le monde avec mes insomnies. Le calvaire que j’avais été était remplacé par le doux caractère de ma soeur.
Plus tard, vers 3 ans, on s’est rendus compte que Mailys (surnommée Lili entre temps) était ordonnée …deuxième élément de comparaison avec grande soeur Ségoléne qui avait droit, chaque fois que les parents rentraient dans la chambre à « c’est le souk ici ». Et qui voyait papa arriver régulièrement avec un immense sac poubelle destiné à jeter tout ce qui n’étais pas en hauteur…ouille ouille ouille, j’ai perdu beaucoup de chaussures de barbies comme ca! En plus, quand Mailys s’est montrée une artiste du rangement, j’avais droit à la phrase qui tue: « mais prends donc exemple sur ta soeur! »
Plus tard encore, vers ses douze ans, on s’est apercu avec joie que Maïlys était ponctuelle. Le soulagement pour mes parents. Moi, j’étai JAMAIS à l’heure à la sortie des boums, ni à la sortie du lycée. D’ailleurs, j’étais toujours la dernière à la sortie de l’école. Et là, oh bonheur! Papa ne se gelait plus en bas des immeubles des copines à entendre fille n°1. Lorsqu’il arrivait au point de rendez vous, fille n°2 l’attendait, à l’heure, comme pévu.
Bon, ça, ce sont ses qualités objectivement pénibles pour une soeur ainée. Mais elle avait aussi des qualités subjectivement très agacantes.
La plus énervante, c’est qu’elle m’aimait! Elle me collait, tout le temps! Elle me suivait du regard dès que je m’éloignais. Du coup, en petite peste, puis en pré ado rebelle que j’étais devenue, je la gratifiais d’un » lâche moi », presque à chaque coup. Mais la petite lili ne se démontait pas. Alors le ton montait. Maman tentait un « ca va mal finir ». On commencait à chahuter, puis au bout d’un moment, on se donnait rendez vous dans le couloir pour se taper carrément dessus une bonne fois pour toute!
On se tirait les cheveux, on s’écrasait sur l’autre de tout notre poids jusqu’à la presque asphyxie, on se tirait les oreilles, et le nez, on faisait mine de s’étrangler…puis au bout d’un moment, on entendait papa monter les escaliers 4 à 4. Alors là, tous aux abris, on foncait chacune dans notre chambre, et on faisait mine de colorier! Parfois, on était prises de vitesse…et là, ca chauffait pour nos matricules!!
Puis ma petite soeur est entrée au collège. Elle a grandi quoi, et moi je l’ai même pas vu. Elle a commencé à apprendre des trucs compliqué pour finir par faire une terminale ES option maths…la grande classe. Maintenant, elle a passé le bac. Elle a presque 20 ans, ma soeur. Elle les aura en mars. Et parfois, quand on me demande son age, j’hésite…15…16…ah non…20! Et elle va à la fac en voiture, elle fait des trucs que j’ai jamais pu faire, genre du droit. Elle sort avec ses potes, elle part même en vacances avec eux, toute seule! Sans parents! non mais vous vous rendez compte?
Je lui pique ses soutien-gorge et y’ a même des gens qui croient que c’est ma grande soeur.
Bref, c’est une adulte ma soeur.
Il y a quelques temps, j’ai revisionné une cassette vidéo de nous enfants. J’ai vu ses petites mains essayer de se glisser dans les miennes, j’ai vu son regard triste quand je lui disais d’aller jouer ailleurs, moi, la grande de 8 ans! Depuis que je suis en Angleterre, j’essaie souvent de lui parler sur msn. Et vous savez quoi? C’est elle maintenant, qui n’a plus le temps de me parler, c’est elle qui me dit « lâche moi ».
Alors je repense à ce temps où j’avais l’impression de ne pas avoir besoin d’elle, et je me dis que c’est de bonne guerre. Mais voilà, ma petite soeur, je l’aime. J’ai toujours eu besoin d’elle, même si je le savais pas. Aujourd’hui je le sais, et je suis très fière que ce soit elle qui ait échoué dans les bras de papa et maman, le 7 mars 1986!